Mathieu Duguay mérite toute notre reconnaissance

Publié le : 10 août 2010

Le texte qui suit a été publié dans le journal L’Étoile.
C’est avec l’autorisation de l’auteure que nous reproduisons celui-ci en entier.

 

Marie-Claude Rioux commente l'actualité pour différents médias depuis plusieurs années. Elle est aussi directrice générale de l'Association des juristes d'expression française de la Nouvelle-Écosse. Sa chronique paraît une fois par mois. Elle peut être jointe à l'adresse suivante : [email protected]
 
 
Hommage à Mathieu Duguay

Lors de mes vacances dans la Péninsule acadienne, j'ai eu l'immense plaisir de goûter au concert offert dans le cadre du Festival international de musique baroque de Lamèque par le jeune organiste français Benjamin Alard, qui a interprété avec brio et passion le Clavierübung III de Bach en compagnie du Coeur de la Mission Saint-Charles, sous l'habile direction de Pierre Lavoie.

Le Festival international de musique baroque de Lamèque célébrant cette année son 35e anniversaire, je m'en serais voulue de ne pas profiter de cette chronique pour souligner le travail exceptionnel de Mathieu Duguay, visionnaire d'une grande sensibilité, qui fit naître sur cette charmante petite île dont bien peu de gens avaient entendu parler, un festival d'envergure internationale dédié à la musique baroque.

À l'époque de la création de ce festival de musique, j'avais 11 ans. Je pratiquais à la fois la flûte à bec et le piano depuis cinq ans et Bach était mon compositeur préféré. La difficulté liée à la maîtrise du contrepoint, aux nombreuses oppositions et aux ornements, principales caractéristiques de la musique baroque, me plaisait beaucoup plus que les uvres de style classique de Mozart et de Haydn. C'est probablement la raison pour laquelle je me souviens de l'étonnement suscité alors par ce rêve de Mathieu Duguay, qu'on jugeait saugrenu, voire même ridicule. En effet, personne n'aurait imaginé qu'une petite communauté acadienne puisse être hôtesse d'un événement musical aussi particulier. À l'époque où le rock prenait toute la place et où on assistait également à une renaissance de la musique traditionnelle acadienne, la musique classique ne connaissait que peu d'adeptes. Bien que les villes de Shippagan et de Lamèque pouvaient compter sur des professeurs dévoués comme Florence Guignard, Marie-Esther Robichaud et Mathieu Duguay pour nous faire découvrir une toute autre dimension musicale et qu'il y avait des festivals de musique locaux, imaginer un festival international de musique classique représentait tout un fossé que bien peu n'osaient franchir, de peur de passer pour illuminés.

La musique classique, passe encore... mais du baroque? Justement, le choix de la musique baroque était particulièrement inspiré. Le terme baroque vient probablement du portugais barroco, qu'on utilisait alors pour désigner une pierre ou une perle de forme irrégulière. D'abord péjoratif, le terme baroque devient par la suite utilisé au figuratif pour désigner le style musical se situant entre la renaissance et le classicisme, un style qui ne respecte pas les conventions de l'époque, qui n'est pas tout en rondeur et qui favorise plutôt le résultat harmonieux de styles opposés. En choisissant d'offrir à Lamèque un festival baroque, en opposition à AC/DC, Black Sabbath, Alice Cooper sur la scène rock ou 1755 et Beausoleil Broussard sur la scène acadienne, Mathieu Duguay incarnait parfaitement l'esprit baroque. En choisissant l'église Sainte-Cécile de Petite-Rivière-de-l'Île pour héberger ces concerts, une église dont les couleurs à la fois vibrantes et harmonieuses s'opposent aux conventions d'un lieu culte, Mathieu Duguay choisissait l'église baroque par excellence.

C'est donc en se moquant des qu'en-dira-t-on, à force de patience, de dévouement et d'entêtement que Mathieu Duguay fit de ce festival un événement qui permet, depuis 35 ans, d'offrir chaque année aux amateurs de musique classique des concerts de très grande qualité offerts par des ensembles et des solistes de renommée internationale. Ils sont nombreux et nombreuses à venir chaque année au festival pour apprécier et découvrir les uvres des grands musiciens de l'époque baroque : Couperin, Bach, Vivaldi, Haendel, Rameau, Telemann...

Le Festival international de musique baroque de Lamèque joue également un rôle important dans la promotion d'artistes acadiens. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à penser aux Nathalie Paulin, Suzie Leblanc, Normand Richard, Aldéo Jean et, cette année, au jeune Frédéric Chiasson, compositeur originaire de Lamèque et détenteur d'un doctorat en composition de l'Université de Montréal.

Cette année, le festival avait pour thème «Tempêtes et Passions», un thème également opposé et fusionnel...du vrai baroque! C'est en espérant que les années à venir permettent aux passions de l'emporter sur les tempêtes que je dis longue vie au Festival international de musique baroque de Lamèque et toute mon admiration à Mathieu Duguay.
 
collaboration spéciale
Marie-Claude Rioux